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Tourtons gravel Club

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Margot Canton Lamouse

Ravioles et Tourtons Gravel Club

3 jours entre filles en Champsaur Valgaudemar
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C’est le récit d’une rencontre avec un lieu, ses paysages, ses odeurs, ses saveurs et ses conteurs. Pour une bonne histoire il faut des personnages. Elle ne manquera pas.

Au départ, nous sommes quatre copines et leurs vélos ; Marie, Louisa, Margot et Marion guidées par Anaïs, la locale de l’étape qui nous ouvrira la voie des échaliers et les secrets des deux vallées siamoises.

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Filles gravel

Margot / Marion / Marie

Photographe / Journaliste / Aventurière Elles sont tout à la fois

Pour être honnête, la première fois que Margot m’a parlé de cette virée en gravel à travers les vallées du Champsaur et du Valgaudemar, je n’ai pas su les situer. Après trois jours à sillonner routes et chemins du coin et à dévorer produits et histoires du cru, on ne m’y reprendra plus. Le Champsaur Valgo m’a eue. Et mes comparses aussi.

Marion

J1 - Arrivée en Champsaur

Top départ du périple gravel

C’est le premier jour de cette micro-aventure de trois jours. Nous nous réveillons à Laye, dans le gîte Maison l’Aiguille, fenêtre ouverte sur le Pic du même nom. Ce premier contact avec les sommets alentour augure d’un séjour qui demeurera sans nuages. Première mission de la journée : braquer le buffet que Marjorie et Guillaume, maîtres des lieux, ont soumis à notre appétit matinal.

Nous sommes venues pour découvrir le coin sous toutes ses routes, qu’elles soient forestières ou jonchées de pierres. La mise en jambes ne déçoit pas : un single à flanc de versant qui serpente d’abord entre mélèzes et sapins jusqu’à une prairie qui dévoile les fleurs et leurs couleurs de fin de printemps, le vieux Chaillol et ses 3 163 mètres en ligne de mire.

Alors que Marie bataille avec un pissenlit duveteux de la taille d’un ballon de handball, je profite de la vue sur le bocage du Champsaur et ses airs de puzzle géant aux pièces inégalement découpées. Au-delà de son esthétique végétale, cet entrelacement de haies de hêtres abrite une exceptionnelle biodiversité.

Il est justement l’heure d’aller au contact de la faune locale. Notre grupetto s’engage direction Saint-Bonnet-en-Champsaur. Selon la râleuse que je suis, cet itinéraire cyclable à travers les bosquets champsaurins et les routes du Valgaudemar est plus doux pour les yeux que pour les jambes. Nous sommes dans les Hautes-Alpes, j’aurais dû me douter que mes mollets allaient chauffer.

« Ici on ne trempe pas le concombre dans le houmous, mais la raviole dans le miel »

 

JOUR 1 : LAYE > SAINT BONNET > AUBESSAGNE

Le casse(croûte) du siècle

C’est presque l’heure pour les producteurs locaux de remballer quand nous débarquons au marché. Telles des abeilles en mission, on quadrille le champ-de-foire ; l’une se laisse aller à un shot d’argousier quand l’autre part en quête de fruits de saison et d’un bout de fromage du coin. La quête du bon rassemblera les troupes devant l’étal star du marché derrière laquelle s’affaire Pierrot, la légende locale du tourton. Ce dernier nous raconte l’origine de ce coussinet de pâte fine frit et fourré d’une purée de pommes de terre, oignons et tomme fraîche. Historiquement servi lors des repas de fête, il fera office de ravito pour ce midi.

Les sacoches débordent déjà quand Anaïs surenchérit : “ici on ne trempe pas le concombre dans le houmous, mais la raviole dans le miel ou la confiture”. On demande à voir ! Et hop, direction l’échoppe de Pascale et Jeannot pour choper deux barquettes de ces bouchées en forme de quenelles garnies elles aussi de fromage et pommes de terre. Dix minutes plus tard, à l’ombre des parasols du rade Les Trois Tonneaux, nous décidons collégialement de ne nous nourrir désormais que de tourtons et de ravioles. Et de pédaler un peu entre les repas histoire de compenser. Le Raviole Tourtons Gravel Club est né aka le RTGC !

Le vélo, on y revient justement. Ça grimpe et ça descend, puis ça grimpe de nouveau. Les paysages sont à la hauteur de l’effort, et nous accueillons avec soulagement l’ombre de la chapelle des Petètes (poupées en patois local) ; un curieux édifice orné de petites statues aux visages aussi joufflus que je suis écarlate. Après un petit bout sur une route désertée par les quatre roues, nous quittons le bitume pour retrouver les bois. À l’ombre des sapins, encerclées par la végétation verdoyante, nous poursuivons sur un sentier en balcon qui offre à chaque détour un nouvel aperçu de la vallée du Champsaur et du massif du Dévoluy.

En fin d’après-midi, nous arrivons à bon port : le lac de Roaffan. C’est ici que nous passerons la nuit. Le panorama est grandiose, en toile de fond les chaînes de montagnes environnantes, notamment l’échine de celle du Faraut.

Bivouac en terre Gaudemarouse

En fin d’après-midi, nous arrivons à bon port : le lac de Roaffan. C’est ici que nous passerons la nuit. Le panorama est grandiose, en toile de fond les chaînes de montagnes environnantes, notamment l’échine de celle du Faraut.

Au moment de défaire mes sacoches, je découvre un sachet de tourtons encore tièdes, rescapés de ce midi. L’annonce de cette trouvaille marque le coup d’envoi de l’apéro, occasion idéale pour sortir « la blonde des Écrins ». Je précise qu’il s’agit d’une bière locale, pas du surnom de Margot. Nous trinquons à cette première journée déjà bien chargée en fous rires et en découvertes. Alors que certaines luttent avec les tentes qui manquent de se transformer en kitesurf à chaque rafale, les autres se chargent de la popote. Il ne faudrait pas manquer un repas tout de même !

Nous sommes presque seules au crépuscule, un pêcheur tentant encore d’attraper les quelques truites épargnées par le concours de pêche organisé le week-end dernier. Aux alentours de 22h30, nous cédons à la fatigue. Le vent est tombé, ne reste que le bruit de l’eau qui clapote contre la berge, telle une berceuse qui invite au repos, dans la nuit calme du Valgo.


JOUR 2 : ROAFFAN > LA CHAPELLE > GIOBERNEY

« De partir, ça rappelle d’où l’on vient »

À peine levées, je découvre Marie, son opinel brandi, prête à s’attaquer à une inoffensive tarte du Champsaur et ses croisillons de pâte sablée sur lit de confiture de fruits rouges. Pas de répit pour les papilles, ni les pâtisseries locales. Nous remballons notre campement éphémère pour rejoindre Anaïs et la forêt. Les bavardages matinaux des oiseaux se mélangent au son de nos pneus au contact des chemins croustillants. Les sourires sont bien accrochés malgré les secousses, contrairement à mon téléphone, le cookie maison offert par la Maison l’Aiguille la veille, ma claquette droite et la coccinelle qui s’était agrippée à mon porte bagage pour voir du pays. Nous rebaptisons cette portion “le gravel selon Anaïs ou gravelTT” qui elle, je le précise, dispose d’une fourche à suspension et de pneus 29 pouces.

De retour sur l’unique route de la vallée, qui s’étire tel un ruban le long des quelques villages du Valgo, nous découvrons ce décor aux traits himalayens. La vallée du Valgaudemar est aussi impressionnante qu’accueillante. À mesure que nous progressons vers l’Olan, majestueux en toile de fond, les versants se raidissent et se rapprochent, comme s’ils étaient à portée de main. Une invitation à lever la tête, à ralentir, à profiter de ce cadre aussi sauvage que la torrentielle Séveraisse qui s’écoule depuis les glaciers du Massif des Écrins.

Encore sous le coup de l’excitation d’un nouveau terrain de jeu à arpenter, Anaïs nous fait signe qu’il faut quitter la route pour rejoindre le Val-des-Sources, restaurant-gîte incontournable de la vallée. Nous sommes attendues par Chloé, veste blanche et fichu au ton rouge orangé posé sur sa frange bicolore. Nos premiers échanges sont chaleureux, déjà généreux. Nous sommes venues nous nourrir, au sens propre comme figuré. Il y a des endroits qu’il faut visiter pour comprendre une vallée. Le Val-des-Sources est une clé.

Le premier mot qui me vient en écoutant Claude, le papa et ancien propriétaire des lieux, et Chloé, c’est le lien. Celui qui l’a ramenée dans la vallée après trois ans à l’étranger. “De partir, ça rappelle d’où l’on vient”. Chloé vient d’ici ; des montagnes, de cette cuisine que sa mère Colette et sa grand-mère Simone ont perpétuée, (ré)inventée. Cette lignée de femmes cheffes qui nourrit depuis 1965 les gens de passage, devenus des fidèles au repaire, car “ici, on en a fêté des centenaires” ! C’est aussi le lien à leur vallée, à celles et ceux de la région qui à proximité leur fournissent fruits et légumes, fromages, vins, viande et pain. Les plats ne sont pas juste servis, ils sont racontés, pour faire (re)vivre chaque personne qui se cache derrière ces assiettes aussi belles que gourmandes. Le lien comme trait d’union entre une nourrissante tradition et son monde à elle. Quand Chloé ne mélange pas les saveurs, elle mixe les sons en tant que DJ au sein d’un collectif de femmes qui vise à donner de la visibilité aux femmes et minorités de genre sur la scène électro du coin : les louves du groove. Perpétuer et réinventer : c’est le défi pour elle qui est désormais la patronne du lieu.

Je serais bien restée papoter en reprenant du digestif à base d’Élixir végétal de la Grande-Chartreuse, mais il reste 18 kilomètres et 700 mètres de D+. C’est reparti et il fait chaud au cœur de l’entaille, très chaud. C’est logiquement l’heure de faire la sieste, pas de mouliner. Mais il nous faut monter jusqu’au gîte du Gioberney, dit le “Gio”. Malgré l’écart qui se creuse avec mes compagnes de route, je garde l’entrain, à très, très, très faible vitesse.

Comment ne pas s’enthousiasmer face au panorama qui se dessine au gré des mètres grimpés ? Je profite des cascades que l’on croise pour prendre des pauses et m’imaginer me faire doucher par leur eau glacée ; d’abord celle de Combefroide, puis celle du Casset. 

SOIR 2 GIOBERNEY

« À la montagne, on se couche pas sans un p’tit génépi »

Les six derniers kilomètres sont les plus durs, avec des pourcentages entre 9 et 14%, mais aussi les plus beaux. Classique. À la merci du soleil qui tape et de mes jambes en manque d’inspiration, je peux compter sur les copines pour m’encourager et me prédire une fin de parcours festive et houblonnée.

Les derniers plis du ruban qui mène au Gio se resserrent, comme pour nous préserver afin d’amplifier la surprise du cirque qui se découvre d’un coup, comme un rideau que l’on tire pour révéler une farandole de hauts sommets : l’Olan, les Rouies, les Bans, le Sirac, le Jocelme. Le Gio, en contrebas, apparaît minuscule au cœur de cet amphithéâtre démesuré de rochers tachetés de névé. C’est vertigineux. C’est un tableau qui se mérite, qui vaut l’effort, une vision que tu n’oublies pas.

À l’entrée de l’arène, comme un prélude au show qui nous attend, le murmure lointain de la cascade du voile de la mariée devient grondement. C’est le moment de rencontrer Jeff, Monsieur Loyal en casquette et bretelles. Lui et sa compagne Amande gèrent le gîte depuis maintenant quelques années. Pendant que nous savourons une bière fraîche amplement méritée, le taulier et ses yeux rieurs patrouillent la terrasse à l’affût du bon mot. Jamais à court d’anecdotes, il salue tous les clients qui passent comme des amis, dans une ambiance détendue et chambreuse. Comme à la maison.

Le soir venu, au moment de rejoindre la salle commune pour dîner, nous découvrons un des rituels qui font le charme de l’endroit. Véritable funambule des mots, Jeff défie les lois de la grammaire et propose, chaque soir et pour chacun de ses logés, un calembour autour des patronymes. Pour rester dans le thème, nous commandons des Généspritz et des oreilles d’ânes ; un plat d’ici qui a plus à voir avec des épinards sauvages que l’appareil auditif d’un gentil baudet. On se régale entre deux plaisanteries avec l’équipe de Jeff et les autres spectateurs du soir. Rincées par la journée, nous esquivons non sans discrétion le comptoir, ses traînards et la liqueur locale à 40 %. Quelques minutes plus tard, depuis notre chambre aux allures de colonie de vacances, nous entendons l’acrobate du dicton nous crier : “à la montagne, on se couche pas sans un p’tit génépi”. On verra demain Jeff !

JOUR 3 : GIOBERNEY > PLAN D'EAU DU CHAMPSAUR

A l’image de la soirée, le réveil se fait en fanfare. Quoi de mieux pour accompagner la ribambelle de jus et confitures locaux qu’un verre de génépi ? Il est 9h30, mais on a promis. Il est temps de dire au revoir. A bientôt plutôt. On pourrait vous raconter la cérémonie de clôture d’un séjour au Gio, mais la magie ça ne se raconte pas, ça se vit.

Quelle meilleure sensation que de descendre ce que tu as péniblement grimpé la veille ? Quelle plus belle joie que celle de découvrir ce qui se cachait dans ton dos tout ce temps ? Quatre filles dans le vent lancées à toute allure sur l’impressionnante vallée qui s’élargit à vitesse grand V pour redonner de l’espace aux arbres et aux hameaux. Le prochain pit stop de cette itinérance cyclo-gourmande : la seule et unique boulangerie de la vallée.

Hop, hop, hop, pas si vite. Nous avons été repérées. À la sortie de la Chapelle-en-Valgaudemar, Jeannot et Pascale (les ravioles du marché rappelez-vous) nous attendent devant leur ferme-auberge les Aupillous : eau fraîche, sirops et glaçons prêts à dégainer. 24h dans le Valgo et déjà ce sentiment doux et familier d’une communauté qui prend soin de sa vallée et de celles et ceux qui y passent.

Comme s’il manquait encore des personnages à ce récit, nous rencontrons quelques kilomètres plus loin Maxime Dumas, le seul boulanger-pâtissier de la combe. Comme Chloé, il a repris le fourneau après ses parents, puis ses grands-parents avant eux. Nous n’attendrons pas le pique-nique prévu deux heures plus tard pour goûter la fameuse tarte du Valgaudemar à la crème pâtissière, dont la recette date de 1955 ! Sans surprise, c’est un délice. Le pique-nique dans la musette, nous remontons en selle pour affronter les dernières bosses.

Fin d'aventure...

Qu’il est plaisant de retrouver la voie douce, ses gravillons et ses portions ombragées. Il ne nous reste qu’à suivre le Drac jusqu’au plan d’eau de Saint-Julien-en-Champsaur. Après les cascades glaciaires, cette calme étendue d’eau, ses bords aménagés et la baignade annoncée ont des airs d’apogée en cette journée aux températures estivales.

On repassera une autre fois pour le canoë ou le wakeboard, c’est le moment de refermer les sacoches sur cette aventure dans le Champsaur Valgo, pour digérer un peu. L’authenticité du lien qu’entretiennent les générations de Champsaurins et de Gaudemaroux à leurs vallées résonne fort et longtemps. Après quelques jours, les souvenirs n’en ont que meilleur goût, celui du reviens-y ! Revenir pour tester tous les chemins auxquels le RTGC a dû renoncer ; revenir pour souffrir vers d’autres sommets ; revenir pour aller au bout de la carte du Val-des-Sources et des idées foisonnantes de Chloé ; revenir pour éprouver la créativité de Jeff et tester la tarte du Valgo version fruits rouges de Maxime, revenir pour les tourtons, les ravioles et les oiseaux, revenir pour le bon et pour le beau !