© Sophie Planque
La Belle échappée

Les bouts du monde a velo

Champsaur Valgaudemar

Vous vous levez un vendredi matin de septembre, la météo annonce de la pluie, un vent glacial et de la neige. Sale temps pour une fin de semaine. Que faire ? Siroter un chocolat chaud et manger des crêpes en regardant un film d’aventure ? Non. Cela a déjà été fait entre mars et mai 2020…

Sophie Planque aventurièreSophie Planque aventurière
Sophie Planque

Vidéaste / Journaliste / Photographe : Sophie est une véritable touche à tout mais aventurière avant tout.

L’appel du Champsaur Valgo

Ce sont les tous premiers flocons de l’automne, un appel du cœur. Avec Jérémy mon conjoint, nous partons dans un petit coin de paradis français, un bout du monde à lui-seul. Le  Champsaur Valgaudemar dans le massif des Écrins. Difficile à pointer sur une carte, les champsaurins ou gaudemaroux en sont d’ailleurs plutôt satisfaits. Ces secrètes vallées alpines où s’écoulent le Drac et la Séveraisse sont sauvages, abruptes, glacées.

JOUR 1 : SAINT-MAURICE > GIOBERNEY > MOLINES

Etape 1 : Du soleil, de la neige et des tartes aux myrtilles ! 64km de vélo, 1500m de positif cumulé

 

Face à nous, le panorama est presque irréel. Les massifs sont recouverts d’une belle couche de crème chantilly qui nous rappelle la toque de la cheffe Colette. Aiguille de Midi des Andrieux, Aiguille de Morges puis les majestueux Bans et Bans Sud. La vallée est si encaissée, c’est le regard béat, tête constamment tournée vers les cimes que nous avançons.

Nous arrivons au village de la Chapelle en Valgaudemar par une petite piste VTT. Les quelques habitants qui vivent ici à l’année nous confessent la rudesse de la vie sur place. Chutes de pierres, avalanches… « Mais si on reste ici, c’est pour une bonne raison ! » nous lance un passant. Qui pourrait dire le contraire ?

Sur notre gauche, la cascade du Casset, à droite, nous commençons à apercevoir le Sirac, un magnifique sommet de 3441m d’altitude. La neige est là, l’ISO zéro n’est plus bien loin, la route blanchit, c’est l’heure de dégonfler légèrement les pneus pour pouvoir amorcer les derniers kilomètres de montée recouverts de 30cm de neige.  La route s’incline un peu plus, mais comment garder la tête dans le guidon quand la magie opère partout autour de vous ? Le chasse-neige passe finalement. À 8km/h, les derniers lacets libérés de leur couche blanche nous amènent finalement au refuge du Gioberney.

 

C’est ça le Champsaur Valgaudemar, un savant mélange de paysages à couper le souffle, de produits du terroir délicieux et des habitants au cœur grand comme leurs montagnes.

Nous avions rêvé d’une tarte myrtille, mais nous ne pourrons que consommer des boissons chaudes, la cuisine restant fermée exceptionnellement.Pour apaiser notre frustration, nous sortons de nos sacoches un saucisson de pays et une petite sélection de fromages du coin. Face à nous, le grand blanc, notre cœur s’envole !

La pause ne peut être longue, il fait froid là-haut, à 1650m. Après avoir trouvé finalement une tarte aux myrtilles à la boulangerie Dumas, nous prenons la direction de Molines, un petit village dans un autre fond de vallée à 30km de là. Un virage à gauche et le paysage change du tout au tout. Nous quittons le Valgaudemar et entrons dans le Champsaur.

Ce soir-là, nous sommes rejoints pour le bivouac par deux amies de la vallée que nous avons rencontré il y a 6 ans de cela au festival Retours du Monde qui a lieu à Pont du Fossé. Régine et Mireille, qui en plus de nous apporter de la chaleur humaine, arrivent les bras chargés de saucisses, tourtons et gâteau chocolat banane.

C’est ça le Champsaur Valgaudemar, un savant mélange de paysages à couper le souffle, de produits du terroir délicieux et des habitants au cœur grand comme leurs montagnes.


JOUR 2 : MOLINES > PONT DU FOSSÉ > CHAMPOLÉON

Etape 2 : Du soleil, des amis et des tourtons ! 50km de vélo, 500m de positif cumulé.

Notre but est de visiter les fonds de vallée, chaque bout du monde du Champsaur Valgaudemar. Après une nuit fraiche, nous nous réveillons par -4°C en lisière de forêt. L’objectif du jour est de se rendre à Pont du Fossé, retrouver d’autres amis Champsaurins puis de prendre la route pour la vallée de Champoléon.En quittant Molines, le pic de l’Aiguille se découvre, il est saupoudré d’une fine couche blanche qui épouse les strates jaunies. Le tableau est parfait.

Le Champsaur et le Valgaudemar sont si différents. Nous passons de vallons encaissés et vertigineux à des grands espaces beaucoup plus clairs. Les chemins sont plus plats, nous nous enfonçons en forêt et longeons le Drac sur de petites pistes. Jérémy est aux anges, c’est la coupure parfaite dont il avait besoin, lui qui travaille en charpente dans le bruit constant. Son séjour sera d’ailleurs plus court que le mien, il repartira juste après le déjeuner en direction de la Savoie et me laissera toute seule terminer mon petit tour.

Je récupère la tente, la popote, et après des embrassades de loin avec nos amis, nos chemins se séparent. Jérémy retourne à la voiture et je prends la direction de la vallée de Champoléon. J’y étais déjà allée il y a quelques années pour randonner au refuge du Tourond y manger une excellente tarte aux myrtilles (vous aurez compris que si vous venez par ici, il vous faut en goûter au moins une !).

C’est le grand avantage de venir ici hors saison, les paysages vous appartiennent, on se sent si privilégiés. En écrivant ces lignes, je me sens « champseuse »

Mais cette fois-ci, à vélo, je pars vers les Clots. Un tout petit village qui fait face à un autre bout du monde. On se croirait au Canada. La montée est douce, constante. La brume s’installe, la nuit sera donc moins froide que la veille. Je trouve une terrasse au bord du Drac blanc, un coin pour le feu, quelqu’un a déjà bivouaqué ici. C’est parfait. J’entends des roches tomber, il doit y avoir des chamois là-haut.

Le feu est lancé, je réchauffe mes tourtons à la pomme de terre de la veille et première surprise ! Mes amis Paul et Véronique arrivent à vélo électrique pour camper avec moi. La lune se lève derrière la cime des mélèzes et chasse la brume pour quelques heures.

Nous passons la soirée à parler de mille et un sujets. Les natifs amérindiens rencontrés dans un précédent voyage vélo, la place de l’homme dans la nature, le concept même de « nature »… Le lieu est plutôt à propos.

Au petit matin, nouvelle surprise ! Je redécouvre le Sirac que nous avons pu contempler la veille mais de sa face Sud cette fois-ci! Le temps est suspendu, le soleil nous envoie ses premiers rayons, la carte postale est presque trop parfaite.

La tente est presque sèche, alors à quoi bon se presser. Je reste là avec Paul et Véronique, pas besoin de parler ce matin. Il est de ces instants dans la vie où la contemplation se suffit à elle-même.


JOUR 3 : CHAMPOLÉON > PRAPIC > COL DE MANSE > GAP

Etape 3 :  Du soleil, des amis et des souvenirs bien gravés ! 60km de vélo, 800m de positif cumulé

Au petit matin, je motive Paul et Véronique à m’accompagner jusqu’à Prapic. Tous deux retraités, ils acceptent avec joie ! Nous prenons alors la route ensemble et quittons la vallée de Champoléon en direction d’Orcières puis du petit village pittoresque de Prapic à 1556m d’altitude. Nous empruntons de petites routes et sentiers, le cadre est encore une fois fantastique.

La pente est un peu plus raide sur la fin mais rien d’infranchissable. Impossible de se plaindre dans un tel panorama ! Petit et Grand Pinier, Mourre Froid, les sommets enneigés nous appellent. Paul et Véronique me parlent d’une belle randonnée à faire pour atteindre des lacs d’altitude, je reviendrai avec un sac à dos la prochaine fois !

Nous sommes seuls dans ce petit village qui avait la réputation d’être celui où l’on ferrait même les mouches. Une manière d’expliquer le fait que les habitants devaient se débrouiller seuls dans leur vie quotidienne.

C’est le grand avantage de venir ici hors saison, les paysages vous appartiennent, on se sent privilégié.

Vient le moment de redescendre. Nous dévalons en 20min ce qui nous a pris 1h30 à grimper. Des embrassades de loin encore une fois, je quitte Paul et Véronique et prends la route de Gap, par le col de Manse. Le vent de face ne me facilite pas la tâche mais la montée se fait tranquillement, dans de petits lacets accessibles. Je lance un regard derrière moi, je contemple le Champsaur et le Valgaudemar une dernière fois. La neige sur le pic de Gleize a disparu, éphémère, tout comme ces instants passés entre monts et vallons. Je redescends sur Gap pour prendre un TER la tête pleine de merveilleuses images. J’ai la sensation d’avoir voyagé bien plus loin que dans ces petits fonds de vallée. En écrivant ces lignes, je me sens « champseuse » comme on le dit souvent là-bas. Avec Jérémy nous avons pu témoigner des richesses de ces bouts du monde que je vous souhaite un jour de pouvoir contempler de vos propres yeux ébahis.

Fin d'aventure...